Nicolas Boulard

Retranscription de la conférence donnée le dimanche 23 mai 2010 au Frac Alsace à Sélestat.

Bonjour,

bienvenue à la première performance de cette journée, qui s’intitule Specific Cheeses, donc, cette performance va se dérouler en deux temps, ou cette conférence plutôt, cette conférence performance, il y a une première partie théorique qui va avoir lieu ici, une seconde partie théorique qui aura lieu dans le jardin où nous pourrons déguster quelques vins et quelques fromages dont je vais essayer d’expliquer la raison de tout ça ici et maintenant.

Donc, Specific Cheeses est une référence très claire, à un texte de Donald Judd écrit dans les années 60 qui s’appelle Specific Objects, donc qui est un peu le manifeste de l’art minimal dans lequel il cite notamment cette phrase :
« La qualité essentielle des formes géométriques vient de ce qu’elles ne sont
pas organiques, à la différence de toute autre forme dite artistique »
.
Donald Judd 1967, entretien avec Lucy Lippard

Ce texte est assez intéressant puisque Judd fait un peu une rupture entre l’art européen qu’il appelle art illusionniste, c’est à dire une reproduction de la nature ou des formes dites naturelles, et Judd se voulait vraiment en rupture par rapport à ça, avec notamment les formes que l’on retrouve dans l’art minimal qui sont le cercle, le carré ou le triangle.

Ce que j’ai remarqué dernièrement lors d’une visite chez un fromager, c’est que le cercle, le carré et le triangle sont les formes que l’on retrouve chez tous les fromages.

Donc, ceci est une œuvre de Sol Lewitt de 2005, c’est une réédition d’après son dessin qui s’appelle "Flat Topped Pyramid", un volume en polyuréthane qui fait 15,4 cm de côté, de base et de hauteur et en poursuivant mes recherches très précisément, je suis tombé sur ce fromage de "Valençay" :

Anonyme, Lait de chèvre coagulé, dimension 8 cm sur 7 cm, et vraiment en passant d’une image à l’autre, la ressemblance est assez flagrante. Donc, effectivement ça m’a fait beaucoup rire, mais je me suis dit ça va certainement plus loin que la blague que ça peut poser notamment par rapport au texte de Judd, c’est à dire où l’art minimal échappe complètement à une forme organique.
Donc, l’histoire des formes déjà, les formes géométriques, le cercle, le carré et le triangle, quelles sont leurs origines, et on retrouve d’une part dans les volumes d’Archimède, que l’on voit ici :

Ce sont toutes ces formes géométriques, qui ont des noms un peu à rallonge comme rhombicuboctaèdre, dodécaèdre, donc d’une part chez Archimède et les solides de Platon, donc des solides qu’il a pu tracer tétraèdre, cube, octaèdre.
Comment étaient utilisées ces formes ? Quelle était leur fonction ? Donc, les formes dites géométriques, cercles carré et triangle ont été établi surtout pour mesurer le monde. C’était un peu le début de la géométrie. Forme géométrique, donc géométrie, géométrie, géo, géos, donc, la terre, et métrie, donc la mesure, donc les formes géométriques ont permis de mesurer la taille des continents, la place que l’homme occupe dans l’espace.

Les formes géométriques ont permis aussi le début des constructions architecturales.
Donc, constructions architecturales, on voit ici des constructions qui ont été faite, ou plutôt des volumes, par exemple ici, ce cube qui est assez intéressant, qui rappelle des choses que je vais présenter un peu plus tard, et qu’on retrouve chez Jacques Androuet du Cerceau.

Donc, on retrouve ici dans les dessins de Jacques Androuet du Cerceau qui était un architecte de 1570. Androuet du Cerceau a fait tout un travail d’archivage des architectures remarquables de son époque. C’est à dire Chambord, j’ai ici un modèle qui est le château de Boulogne :

Ce qui est intéressant chez Androuet du Cerceau, c’est qu’il a mené dans toutes ses études, qui ont une esthétique assez minimaliste, donc que l’on peut voir ici :

donc sur un plan rectiligne, où une base carrée, qui vont dans la continuité des recherches d’Alberti sur la perspective, et c’est vraiment à l’époque où l’homme commence à se poser la question de l’occupation dans le monde. On commence à émettre l’hypothèse que la terre n’est pas le centre de l’univers et que ce n’est pas Dieu qui serait à l’origine de la création du monde.
Donc, voilà, Androuet du Cerceau fait un peu comme ça des mesures que l’on retrouve notamment chez Le Corbusier avec le modulor, c’est à dire la mesure du monde en prenant comme référence l’être humain. Donc, ici, également.

Donc, encore, avec une colonne.
Ce qui est intéressant dans ce dessin, c’est qu’on voit une base circulaire en dessous, ce qui pourrait être une œuvre minimaliste si on l’extrait de son contexte, mais on voit que Androuet du Cerceau commence à y rajouter ce que Donald Judd appelle l’art illusionniste, c’est à dire des formes dites naturelles ce qui pourrait être là une forme de lierre, qui pousse autour d’un tronc. Celui-ci, c’est clair et net, on est complètement chez Sol Lewitt, c’est assez flagrant.

Ici, 1570

et ici 1960.

Ce qui est intéressant chez Androuet du Cerceau, qu’est ce qui fait que ces recherches sont très minimalistes, c’est uniquement pour les recouvrir ensuite d’ornements, y mettre des petits angelots, des ornementations très baroques, c’est ce qu’on voit dans le château de Chambord ou celui-ci. C’est à dire avoir cette base autour de laquelle on va construire finalement une représentation fictive de ce qui est naturel ou illusionniste.

Donc, les formes géométriques, par rapport à l’architecture, donc, Androuet du Cerceau, c’est des choses aussi que l’on retrouve après sur les formes minimalistes, c’est ce qu’on retrouve aussi dans l’architecture utopiste. On voit ici avec un projet d’un fort de Boullée, c’est une architecture plutôt sympathique. Pour donner la mesure de l’architecture, on ne prend plus comme base l’être humain mais le canon, donc on voit les canons qui sont là pour donner la dimension monumentale de ces projets architecturaux. Qu’on retrouve aussi dans d’autres projets. Donc, ça c’est un projet de muséum, ce qui est fou c’est comment l’être humain est exclu de cette architecture et donc, il n’y a plus un rapport d’identification au naturel. Donc, ça c’est le projet de Cénotaphe pour Newton.
Et ici un projet de temple à la nature. Ce qui est intéressant, c’est qu’un projet de temple à la nature, on pourrait finalement citer Giorgio Agamben disait : c’est dommage, il n’y a pas d’archivage du paysage, donc les paysages sont des choses en mouvement, ici, ce qui est assez curieux donc, le projet de temple à la nature ce qu’on garde comme plan naturel, c’est cette crevasse, une sorte de trou, de cratère
Temple druidique, ça c’est un dessin qui a inspiré Boullée.
Bien.
Alors, ce qui est intéressant avec ces formes architecturales, c’est le parallèle que l’on peut établir entre la pâtisserie et l’architecture.
Ça, c’est intéressant. Ce que nous voyons derrière, c’est un gâteau. Ce qui est à côté, c’est en pâte d’amande, ça reprend les jardins de Le Notre, mais sous forme de pâtisserie. Ce qui est intéressant, c’est comment les recherches architecturales ont inspirés la pâtisserie. Ou bien, comment la pâtisserie suivant les époques est représentative d’une esthétique architecturale. Donc, ici pour une architecture anglaise, ici c’est un gâteau des années 70, donc on en revient à l’art minimal, ou à l’architecture minimaliste.
On peut se poser la question de savoir : est ce que la pâtisserie dépend de l’architecture de son époque ? C’est une question, je n’ai pas réellement la réponse par rapport à ça, mais, c’est intéressant de voir aussi comment la pâtisserie évolue suivant les pays donc, nous avons par exemple ça

C’est quelque chose de très contemporain, Sadaharu Aoki, pâtissier japonais mais qui est basé à Paris, donc, là, ce sont des chocolats, on retrouve un peu cette esthétique minimaliste dans les petits gâteaux, ça :

c’est une autre approche qui est un peu plus conséquente, peut être anecdotique par rapport au petit Lucas, qui a sans doute eu une expérience avec un escargot, mais notamment, comment sont construites cette pièce montée qui est assez conséquente, une autre approche des pièces montées, ici ce sont des pâtissier chinois
ici ce qui est intéressant, c’est qu’on échappe complément de la représentation de ce que peut être un gâteau, on est plus proche du chapeau que du gâteau, donc, une superposition de chapeaux. Donc, ce qui est intéressant, c’est comment les formes suivant les métiers ou les activités, on essaie d’échapper à de ne pas donner la forme de ce qu’on est en train de produire, c’est à dire que ça, ça pourrait être du polystyrène ou du plâtre, mais ça ne veut surtout pas ressembler à un gâteau alors que dans la pièce montée, on est clairement dans quelque chose de pâtisserie.
Ce qui est assez curieux, c’est que le fromage par rapport à ça, c’est pas une forme qui est travaillée, elle n’est pas construite, pourquoi le fromage a la forme d’une base carrée, circulaire ou pyramidale ?
D’abord, le mot fromage vient du mot forme, c’est une faute de langage que de dire fromage. Normalement, on devrait dire formage, donc fromage forme, formage, on trouve aussi fourme, donc, la fourme d’ambert, donc fromage ou le mot forme vient surtout donc, ce n’est pas le nom même de cet objet, ce qui donne le nom à l’objet, c’est l’objet dans lequel il est fait, donc là qui est absent puisque la forme, c’est le moule donc, le moule qui est un des outils que l’on retrouve dans la sculpture, donc, notamment chez Rodin, le travail du moule, c’est intéressant, c’est à dire que le fromage, c’est le négatif du moule dans lequel il a été fait, c’est à dire qu’il y a une forme de renversement, c’est assez intéressant de se poser la question du processus,
c’est à dire, est ce que le fabricant de fromage a imaginé à l’envers le moule ou est ce qu’il a anticipé déjà la forme pour construire le moule. Je n’ai pas encore la réponse par rapport à cette question. C’est une interrogation. Alors que chez certains artistes, donc, Sol Lewitt par exemple, ces recherches partaient d’une autre intention.
Donc, Sol Lewitt est parti du cube, et ce qu’il a essayé de faire, de chercher, de trouver, ce sont toutes les possibilités qui sont faisable à partir de cette forme. Donc, il est parti de ce cube, et il a décliné les différentes possibilités, donc ici en enlevant une moitié en bas, une moitié en haut, j’obtiens un parallélépipède légèrement oblique, cette forme là que l’on revoit encore, donc, il y a celle-ci qui est assez intéressante par rapport à l’histoire du fromage et plus spécifiquement le Valençay, qui est un peu un modèle de référence pour cette conférence, parce que et là j’en reviens à l’architecture et donc à une représentation du pouvoir sous la forme architecturale, parce que plusieurs hypothèses existent par rapport au Valençay, donc, qui est cette
forme, et qu’on retrouve ici, parce que d’aucuns disent que le Valençay si il a cette forme pyramidale tronquée, tronquée, c’est à dire que l’on a coupé la pointe, donc, d’aucuns, disent que c’est parce que Napoléon, revenant des campagnes d’Egypte, a fait étape à Valençay, donc, on lui a servi un fromage mais pyramidal à la base, et lui le prenant un peu comme une offense par rapport à sa défaite dans les campagnes d’Egypte, trancha finalement cette pointe. Donc, moi je dis pourquoi pas.
Ayant une formation d’artiste plasticien, je suis parfois contraint de faire de la sculpture ou du volume, et notamment du plâtre, moi, j’ai une autre hypothèse qui est celle que donc, on fait un moule, et je me mets bien à la place de celui qui fait le fromage, donc un moule pyramidale, dans lequel on verse ou du plâtre, ou ici du lait, et moi, ce que je pense, c’est qu’au moment du démoulage, il y a une chance sur deux pour que la pointe casse. C’est mon hypothèse. Donc, je pense que la forme du Valençay vient plutôt d’un souci technique de démoulage.
Alors, pour la suite.
First Paper of Surrealism, donc, c’est le numéro d’une revue éditée aux états-unis, ça c’est le numéro du 14 octobre au 7 novembre 1942. Donc, c’est une couverture de Marcel Duchamp. Ce qui est intéressant dans cette couverture, c’est pourquoi Marcel Duchamp a fait le choix d’une coupe de ce qu’on pense être un gruyère pour cette revue.
(intervention du public) Emmental et non pas gruyère. Emmental parce qu’il y
a des trous.

Je viens du champ de l’art, mes connaissances en fromage sont limitées. Par contre, j’ai la réponse pourquoi Marcel Duchamp a choisi l’emmental. Ce matin sur la route, il y avait un panneau : trous en formation.
Donc, voilà, trous en formation.
Alors, Marcel Duchamp. J’ai appris que Marcel Duchamp dans sa jeunesse aurait travaillé en tant que fromager.
Donc, le rôle du fromage dans le travail de Marcel Duchamp. On en revient à cette histoire sur le parallèle entre les formes de l’art et le formes des fromages. Je voulais revenir peut-être sur les variations du cube chez Sol Lewitt, Donc, Sol Lewitt a décliné les différentes possibilités de faire des cubes, notamment celles ci, ce qui m’intéressait par rapport à ça c’est que Sol Lewitt était intéressé par le cinéma et notamment les recherches de Muybridge, donc sur la décomposition des gestes via la chronophotographie. Il recherchait des possibilités ou du moins le nombre de possibilités pour décliner des formes.
Donc, ce qu’on peut voir ici sur les possibilités de formes d’un cube.
On va venir maintenant à un artiste qui s’appelle Michael Heizer qui a réalisé une série d’œuvres notamment celle-ci, celle-ci aussi, une autre œuvre de Michael Heizer, et ici encore une autre. Ce qui est intéressant chez Michael Heizer, dans cette série de trois œuvres notamment, c’est comme il donne le nom à l’œuvre qui porte le nom du pays duquel provient le matériau qui permet de réaliser l’œuvre.
Celle-ci s’appelle Africa, c’est en teck, celle-ci est en granite, et puis celle-ci est en bois.
Donc, ce qui me semblait intéressant ici, chez Michael Heizer, donc, je ne sais pas si c’est une interprétation très poussée par rapport au fromage, le fromage c’est également ce que l’on utilise en statistique, mais c’est par rapport au nom que l’on donne aux choses, par exemple, le Valençay pourquoi il s’appelle Valençay parce qu’il vient de Valençay, le Roquefort, il est fait à Roquefort, le Gruyère, il est fait à Gruyère, donc il y avait un parallèle qui me semblait intéressant sur la manière de nommer les choses, et qui peut être assez proche finalement de Claude Rutault, c’est à dire, le
fromage porte le nom du lieu dans lequel il est fabriqué.
Donc, ici, nous avons une œuvre de Donald Judd
Ce qui est intéressant, c’est la manière dont les objets sont représentés, ou sont mis en place. Donc, là, j’avais été invité à la 830ème cérémonie d’intronisation de la confrérie du Tastefromage de France qui a eu lieu lors du salon de l’agriculture. Donc, ici, c’est la manière dont étaient représentés les fromages lors de ce repas, il y a une forme de surabondance, de différentes formes, on remarque bien les formes circulaires, donc là, une autre chose aussi.
Ah, voilà, donc, ça c’est un travail sur lequel je suis en train de travailler actuellement, je suis en train de rééditer les 12 formes de Sol Lewitt, donc, je suis en train de travailler avec un producteur de Valençay, donc ça c’est vraiment le tout premier. Les autres sont en cours de production. Ce qui est intéressant, c’est que c’est un peu un art minimal mais flétri, comme ça, qui a un peu vieilli, il a un gros problème de conservation parce qu’il a une durée de vie très courte, c’est un travail qui va exister sous forme de tirages photographiques, parce que la durée de vie d’un Valençay, ça ne tient pas plus d’une semaine.
Ce qui est intéressant dans le monde du fromage, c’est que quand ils ont vu cet objet, ce fromage, ils se sont dit : enfin des nouvelles formes dans le fromage. Donc en ce moment, il y a vraiment une attente, une demande, pour sortir des fromages dits carrés, ou circulaires ou pyramidaux. C’est vrai que je ne sais pas pourquoi il n’y a pas eu de fromages comme en a pu faire Sol Lewitt, il pourrait y en avoir un comme ça par exemple, comme un fromage entamé, ou bien un fromage qui pourrait être découpé de cette manière là, avec une partie en moins, ou après on pourrait peut être commencer à imaginer à associer un fromage pyramidal avec un fromage à base carré, donc un demi munster en dessous et un demi Valençay au dessus.
Ce qui pourrait peut être signifier que le monde du fromage, enfin, je pense que l’on est un peu au début d’une forme de modernité qui pourrait arriver dans le monde du fromage. Parce que beaucoup de choses restent à faire, du moins, je le pense.
Kasimir Malevitch. Ce qui est intéressant chez Malevitch, c’est que ça rejoint un peu le propos de Donald Judd, donc par rapport au suprématisme, ce que disait Malevitch, c’est que le suprématisme n’a rien en commun avec la nature "have nothing in common with nature". C’est assez curieux que les formes minimalistes veulent autant échapper à une forme du naturel. Je suis assez d’accord que la forme circulaire, la forme pyramidale, ou la forme cubique sont des formes construites, ce qu’on pourrait dire des formes extra-terrestres finalement puisque ce qui n’existe pas sous forme naturelle, une forme qui n’existe pas sur la terre, ce qui sous entendrait que l’être humain serait producteur de formes dites extra-terrestres. Ou la lecture géométrique du monde serait une lecture extra-terrestre. Donc, est ce que le fromage ne serait pas non plus une forme de production extra-terrestre. Mais, c’est encore une hypothèse, ça me fait penser à Michael Heizer justement, ces productions extra-terrestres. Michael Heizer avait fait cette œuvre qui s’appelle Double Negative, donc, je ne sais pas si vous connaissez. Donc, c’est aux Etats Unis, il y a deux falaises qui se font face, et Michael Heizer a tranché deux tranchées, ça fait un peu comme un coup de tronçonneuse dans deux falaises, mais ça fait 10 m de large sur 10 m de haut mais en creux.
C’est à dire que l’artiste ici ne construit pas quelque chose, mais au contraire, il creuse. Ça rejoint aussi un travail de Robert Rauschenberg, qui s’appelle "Erasing de Kooning drawing". Il a demandé à Willem de Kooning son plus beau dessin et Rauschenberg a passé 10 jours à gommer minutieusement le dessin. C’est un manière de travailler qui m’intéresse beaucoup, c’est que plutôt que de faire, c’est une manière de défaire.
Dans les fromages, finalement, le processus, on prend une vache, ou une brebis ou une chèvre, donc, il faut la traire, afin d’en tirer du lait, mais ensuite, c’est ce qu’on fait du lait, et c’est là ou tout le travail du fromager intervient, c’est une manière de gérer la décomposition potentielle du lait. Si vous laissez un verre de lait sur la table, en pleine chaleur, ça va durer une journée ou deux jours, je ne bois pas de lait, donc, je ne sais pas, ce qui est intéressant dans le processus de fabrication du fromage, que l’on retrouve aussi dans la fabrication du vin c’est la manière de gérer la date limite de
consommation. ou la transformation d’une matière première en une autre pour lui donner une durée de vie plus longue. C’est toujours ce souci de conservation que l’on a par rapport à cette matière première. Et le souci de conservation, c’est ce que l’on a dans le monde de l’art et aujourd’hui, on se pose la question de la conservation des œuvres dites numériques.
Comment conserver un fromage. Un comté du Jura par exemple, on essaie de le garder 18 ou 24 mois, et pour ce faire, ce qu’on fait, c’est qu’on ne le laisse pas à l’extérieur, ce sont des choses qu’on enterre, on met dans des caves. Il y a donc cette réflexion qui peut être faite sur le fait d’enterrer les choses pour pouvoir les garder. Et après on peut se poser la question de savoir pourquoi on veut garder les choses. Par exemple quand des gens veulent acheter une bouteille de vin, ils demandent "est ce qu’il va se garder ?". Ça dépend, si vous ne la buvez pas, vous pouvez la garder,
Pourquoi vouloir garder tant que ça une bouteille de vin ou un fromage ? Mais bon parce que parfois, le fait de garder les choses, ça les bonifie. Notamment les comté ou on obtient en arôme C’est à dire au moment de la dégustation, il y a également ça sur des vins comme les Bordeaux, si vous les faites vieillir, au moment de la dégustation, vous aurez une occupation en bouche, en volume, on va dire une occupation géométrique en bouche qui sera plus grande, parce que le temps aura fait que le vin aura pris une amplitude aromatique. Chez les fromages aussi. Sur les comté 24 mois, on a des arômes qui sont un peu plus longs en bouche. Dans les saint nectaire, il y a quelque chose d’intéressant, c’est qu’il y a des niveaux d’affinage qui sont différents.
On peut avoir un Saint Nectaire jeune, un Saint Nectaire moins jeune. Le Saint Nectaire que l’on va goûter ensuite, c’est un saint nectaire qui est un peu plus vieux. Il va falloir qu’on le consomme assez rapidement parce que je pense que sa conservation est un peu remise en cause. Alors les fromages que l’on va déguster ensuite, donc, il y a un fromage pyramidal, le Valençay, ça me semblait inévitable que l’on goûte un Valençay, on va goûter un Cheddar anglais, de forme cylindrique, on va goûter un Saint Nectaire, de forme circulaire, et on va goûter un fromage belge qui s’appelle le Remoudou, qui est une forme cubique parfaite, légèrement en décomposition, donc on passe un peu du minimalisme à l’expressionnisme abstrait. C’est ce qu’on aura aussi avec le Saint Nectaire, puisqu’on passe comme ça du cercle noir de Malevitch et on va évoluer vers le Jackson Pollock. Alors, pour aller avec ces 4 fromages, j’ai sélectionné 3 vins, ça me semblait intéressant aussi cette idée d’assemblage ou d’association. Parfois, je suis invité à dîner, les gens sortent leur meilleur vin sur le fromage, justement, une bouteille qu’ils ont gardé pendant longtemps, ce qui est une catastrophe. Donc, il y a 3 vins qui vont être goûté un vin rouge qui est un vin de la vallée du Rhône, un vin blanc de Cheverny, et un vin liquoreux, un Gaillac doux.
Alors, ce que je vous invite à faire, le Cheverny, vous pouvez l’associer avec la
pyramide de Valençay ou Sol Lewitt, le Gaillac doux, c’est plutôt avec des fromages assez forts, le Cheddar anglais est assez intéressant, parce que ce sont les anglais qui sont à l’origine avec les hollandais des vins dits "sucrés", car ce sont des vins qui voyageaient mieux parce qu’ils se conservaient mieux. Donc, le gaillac doux avec le cheddar, le blanc avec le valençay et le vin rouge que vous pourrez associer avec le saint nectaire et le Remoudou qui est le fromage belge.
Si vous avez des questions, vous pouvez les poser maintenant, des réactions et sinon, nous allons prendre la direction du jardin.

Merci.

Cheddar

Remoudou

Saint Nectaire

Valençay